Tricot et immédiateté

Ou choisir de prendre le temps

 

“Parce que nos besoins sont nos petits rêves quotidiens. Ce sont nos petites choses à faire qui nous projettent à demain, à après demain, dans le futur ; ces petits riens qu’on achètera la semaine prochaine et qui nous permettent de penser que la semaine prochaine, on sera encore vivants”

 

La liste de mes envies, Grégoire Delacourt

 

 

Nous vivons beaucoup dans l’instantanéité, dans le moment immédiat. Il faut que tout se fasse vite, tout de suite; quitte à ce que tout, ou presque, soit éphémère. Les modes passent, vite, parfois même trop vite, avant même que nous ayons eu le temps de les suivre.

Dans ce monde où tout va si vite, où les “must-have” d’aujourd’hui, seront des “has been” demain, moi j’ai envie d’aller lentement, de prendre le temps…

 

Prendre le temps…

Prendre le temps de prendre le temps. C’est tout un art dans ce monde où tout, ou presque, n’est qu’immédiateté.

Un art, que j’essaie de pratiquer.

Et le tricot, il est vrai, s’y prête particulièrement bien. Parce qu’il faut parfois prendre son temps pour choisir, prendre son temps pour bien faire, le tricoteur excelle dans cet art.

 

Loin de la consommation rapide au cours de laquelle on achète vite, on utilise peu et on jette beaucoup, le tricot impose une certaine lenteur, un nouveau rythme. L’art du tricot nous oblige à voir sur un plus long terme que l’acte d’achat. Quand on choisit de tricoter un modèle, on s’engage pour plusieurs jours, plusieurs semaines voire plusieurs mois.

J’aime beaucoup cette facette du tricot. J’aime avoir en permanence des projets en cours, ces projets que je devrais finir demain, dans une semaine ou dans un mois.

 

Parce qu’il faut du temps pour les réaliser, les projets à tricoter ne peuvent être choisis à la légère. Ces modèles qui nous plaisent tant aujourd’hui, devront nous plaire demain encore; parce que demain, ils ne seront pas finis…

J’aime aussi cette facette-là. J’aime, avant même que le tricot ne démarre réellement, prendre le temps de choisir; choisir mon modèle, les couleurs, la laine. Faire le bon choix.

J’ai souvent, il faut le dire, des coups de cœur. Un jour pour ce modèle, un autre pour celui-là. Comme partout ailleurs, il existe des effets de mode en tricot; et je ne peux pas dire que je ne me laisse jamais influencer. Mais je choisis de ne réaliser que les coups de cœur durable; ces modèles qui m’ont tant fait craquer hier et me plaisent toujours autant aujourd’hui. Ainsi, j’espère aimer longtemps mes créations; en faire des intemporels de ma garde-robe.

 

…Parce que le temps nous manque

Prendre le temps pour ne pas le laisser filer. C’est parce que tout va si vite que nous n’avons le temps de rien…

Regardez le temps passer, et vous verrez que, finalement, il s’écoule bien moins vite que si vous lui courez après.

 

Si je tricote, ce n’est pas seulement pour le vêtement final. Cela compte beaucoup, en effet; mais il n’y a pas que cela. C’est tout le processus créatif que me plait: la joie de débuter un nouveau projet, le plaisir de la réalisation, l’euphorie du projet tout juste terminé, le vêtement fini.

Et vous présenter ici mes créations fait également partie de ce processus. Et là encore, j’aime prendre mon temps.

J’aime avoir un peu de recul sur mes créations avant de vous les présenter; mais j’aime surtout prendre le temps de les porter avant, de les apprécier aussi; voir ainsi ce qui me plait ou me déplait, comprendre, écouter l’histoire que raconte chaque nouvelle création afin de venir vous la raconter.

 

C’est pourquoi vous verrez peut-être ici des bonnets à l’arrivée de l’été, et des petites robes légères en hiver, des créations parfois déjà vues partout, ou presque, des modèles d’hier pour certaines, voire dépassés pour d’autres; en retard, hors saison, à contre-courant.

 

Rhapsody in grey

Débuté en septembre dernier, terminé en février, il n’a fait sa première apparition sur les réseaux sociaux qu’à la mi-mars, et je ne vous le présente qu’aujourd’hui: mon “Rhapsody in cables”.

Je n’ai pourtant rencontré aucune difficulté à la réalisation; et je ne m’en suis pas lassée.

Pourtant, j’ai pris le temps; le temps de le réaliser, le temps de le porter, et de l’apprécier aussi, le temps de vous en parler. Et j’ai savouré ainsi chaque étape!

 

 

C’est un modèle de l’excellente créatrice Joji Locatelli. Comme tous ses modèles que j’ai réalisés, le patron est très clair, bien écrit, bien conçu. Et malgré les nombreuses torsades et une construction très particulière, il m’a semblé très simple à réaliser.

Il ne se tricote non pas de l’encolure vers les côtes, ni même du bas vers le haut, mais un demi-devant après l’autre, les manches se tricotant à la suite de chaque demi-devant, en rond, puis le dos, suivi des côtes en bas et à l’encolure. Le devant n’est pas tricoté dans le sens horizontal, mais verticalement afin de créer ce somptueux panneau de motifs. Ce mode de construction n’est pas classique, mais le patron détaille bien chaque étape, clairement; en se laissant simplement guider, tout se déroule parfaitement.

Avec un mode de construction si particulier, il est difficile d’essayer le vêtement au fur et à mesure de sa réalisation. Cependant, il s’agit d’un modèle avec une aisance positive assez importante, je n’avais donc pas d’inquiétude quant à la taille finale de mon pull. En revanche, il y avait un grand suspens quant au résultat final, et je dois dire qu’au premier essayage j’ai été comblée.

J’ai adoré le réaliser, j’ai encore plus apprécié de le porter. Il est encore plus beau que ce que j’avais imaginé en tricotant.

 

La laine m’a beaucoup séduite aussi. Il s’agit de la Malabrigo Worsted que j’avais déjà tricotée auparavant. C’est une laine extrêmement douce et très agréable à tricoter. Étant donné le mode de construction, j’ai choisi de ne pas alterner mes écheveaux malgré les différences de teintes et je trouve que les nuances se fondent plutôt bien.

Il faut noter cependant qu’il s’agit d’une laine mèche et elle bouloche donc un peu aux zones de frottement, le long des bras notamment. Je ne trouve pas cela dramatique. Les bouloches s’éliminent très bien au rasoir ou avec une paire de ciseaux et la laine retrouve tout son splendide au lavage. Je pense qu’avec un peu de soin, le pull pourra tout de même avoir une belle durée de vie: à voir dans le temps!

 

 

En résumé

Patron: Rhapsody in Cables – Joji Locatelli

Laine: “Pearl” – Worsted – Malabrigo (610g)

Aiguilles: 4,5 mm, et 3,75 mm pour les côtes

Taille: M

Réalisation: commencé le 16/09/17, fini le 11/02/18

 

 

Epilogue

Je trouve mon “Rhapsody in cables” vraiment sublime. Séduite par la réalisation et encore plus par le vêtement fini, je pense déjà à une – des? – autre(s) versions. Mais pas dans l’immédiat, bien sûr!

Prenons le temps de savourer les beaux jours avant même de penser à l’arrivée de l’hiver. Et même alors, il sera encore temps de profiter de cette première version avant d’en créer d’autres…

 

 

Et vous, prenez-vous le temps de prendre le temps?

Tagged , , , , , ,

3 thoughts on “Tricot et immédiateté

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *