Couture et lutte contre le stress

Ou l’art de détourner son esprit

 

“Un chercheur est quelqu’un qui cherche, pas forcément quelqu’un qui trouve.
Ce n’est pas non plus quelqu’un qui, nécessairement, sait ce qu’il cherche. C’est simplement quelqu’un dont la vie est une quête”

 

Le chercheur, Je suis né aujourd’hui au lever du jour,
Jorge Bucay

 

 

Il y a dans nos vies personnelles ou professionnelles, des événements, des situations qui nous stressent particulièrement. Quand une situation est nouvelle, quand la pression se fait plus intense, quand les enjeux sont importants, ou lorsque que cela nous tient à cœur et que l’on veut bien faire, notre corps tout entier tire le signal d’alarme : rythme cardiaque qui s’accélère, mains moites, nœud à l’estomac, tension musculaire, fatigue… Et que dire de notre esprit.

Qu’il soit positif, un moteur dans notre vie ou bien paralysant, notre stress occupe souvent toutes nos pensées. On y pense le jour, on en rêve la nuit. Bref, tout notre esprit focalise sur lui. Et cela peut devenir éprouvant. Lorsque cela dure, il faut alors trouver un exutoire, une solution pour évacuer son stress, ou détourner son esprit.

 

Un exutoire au stress

Il y a un peu moins d’un an, je soutenais ma thèse en vue d’obtenir le grade de docteur (en chimie, pas en médecine ^^). Après trois années de recherche en laboratoire, des tentatives, des déboires, quelques réussites, beaucoup d’échecs, des résultats puis finalement un manuscrit de 192 pages, je devais présenter mon travail devant un jury.

Prise de parole en public, dans une situation d’examen, être jugée sur un travail dans lequel je me suis énormément investie pendant trois années, peur de décevoir ceux qui m’ont fait confiance, peur de l’échec aussi… les raisons de mon stress à ce moment de ma vie étaient multiples.

Pour tout vous dire, je stresse assez facilement. Souvent. Très souvent. Alors pour la soutenance de ma thèse, je ne pouvais pas y échapper. Et je n’ai, bien sûr, pas juste stressé le jour J. Cela a commencé bien avant.

Sur le moment, c’est un moteur ; le stress me pousse dans mes retranchements, m’emmène là où je ne penserais jamais être capable d’aller. Mais lorsqu’il dure, qu’il s’étale dans la durée, le stress devient paralysant, destructeur. Je remets tout en cause, oublie mes certitudes et perds confiance en moi.

Quand le stress occupe toutes mes pensées, le seul remède au stress est de l’oublier : détourner mon esprit sur autre chose, l’occuper, le distraire.

Mais comment distraire l’esprit d’une passionnée de couture?!

Je vous le donne en mille: par la couture bien sûr! La couture nécessite, selon moi, beaucoup de rigueur, de patience et de concentration. C’est donc l’occupation parfaite pour détourner notre esprit de nos différentes tracasseries du quotidien. Le mien, en tout cas.

 

Un mélilot à usage thérapeutique

Cela sonne un peu comme de la phytothérapie (les mélilots étant des plantes aux vertus médicinales), mais je parlerais plutôt de “couturothérapie”.

Et c’est donc sur la chemise Mélilot de Dee and Doe que s’est porté mon dévolu.

Je souhaitais me coudre une pièce particulière pour l’occasion, à porter le jour J. Étant donné le contexte, j’imaginais une pièce sobre – simple, mais pas simpliste – avec un rendu professionnel, sans être trop stricte. Je voulais également une pièce d’une certaine complexité, techniquement parlant; une sorte de défi, mais sans me mettre vraiment en danger, un petit défi donc. La chemise Mélilot, avec son petit col et ses emmanchures tombantes, me semblait la candidate parfaite. J’avais déjà cousu une chemise auparavant, une première chemise Mélilot, mais sans les manches et le col, qui ajoutent tout de même une certaine complexité au patron. J’avais beaucoup aimé ce modèle, autant la couture que le résultat final. Je me sentais donc en confiance avec ce modèle que je connaissais en partie. Et Deer and Doe est une marque de patrons que j’affectionne particulièrement et en qui j’ai toute confiance.

Je la voulais claire, écrue ou beige, mais pas blanche; et légère et fluide. Mon choix de tissu s’est donc porté sur une viscose légère écrue.

 

 

Chaque étape de la couture, du choix du modèle au repassage final, a eu l’art d’occuper mon esprit tandis que l’échéance approchait. J’ai pris mon temps, choisissant avec soin mon modèle, étudiant les possibilités de tissus qui s’offraient à moi, sélectionnant avec soin, tels des bijoux, mes boutons. Puis la découpe. Puis l’assemblage, petit à petit, étape par étape. Les journées passaient ainsi plus vite, trop vite même. Mes pensées, toutes tournées vers l’étape suivante dans la réalisation de cette pièce, en oubliaient l’enjeu final. Je cessais de répéter en boucle, dans ma tête, mon discours; j’arrêtais de m’imaginer muette devant mon jury, interdite face à une question. Mes appréhensions s’évaporaient tandis que j’avançais dans ma cousette.

 

La réalisation

Le modèle comporte quelques petites pièces délicates, notamment au niveau du col et des pattes de manches. Et mon tissu, fluide, a également nécessité beaucoup de minutie – et d’épinglage aussi – car il glissait beaucoup. Mais je n’ai pas ressenti de difficultés majeures au cours de la réalisation de cette chemise. Toutes les étapes sont clairement expliquées et illustrées. J’ai pris beaucoup de plaisir à réaliser ma Mélilot.

Le parcours n’a pas, pour autant, était sans embûche…

Après une réalisation sans encombre, il me prend l’envie de laver ma petite chemisette. L’erreur fût fatale! Reste de décoloration de la lessive précédente, oublie d’une chaussette dans le tambours… Je n’ai pas trouvé l’origine mais ma petite Mélilot, initialement écrue, est ressortie, après un passage seule dans la machine à laver, écrue ET violette: toutes les parties entoilées ayant pris une teinte violette. Ce fût une grande déception…

Ce fût une grande déception mais pas un drame. D’abord, j’avais encore le temps, au besoin, de trouver une nouvelle tenue avant le jour J. Puis, finalement, grâce à nombreux conseils pris de tous côtés et à la magie de la chimie (et la puissance des produits anti-décoloration), la teinte violette a pu être estompée. La chemise a pu donc être, in extremis, sauvée et par la même occasion, la tenue pour le grand jour.

Aujourd’hui, la chemise est à nouveau écrue, mais avec le col, la patte de boutonnage, la poche et les poignets de manches légèrement plus foncés. Ce n’est pas ce que je souhaitais initialement, mais elle me plaît ainsi.

 

En résumé

Mélilot 1: ma toute première chemise

Patron: Mélilot – Deer and Doe

Version B: Manches courtes à revers et col mao, une poche à droite, boutonnage visible

Tissu: Cotonnade bleu ciel à carreaux lurex argentés – Aniline

Boutons: Boutons Mondial Tissu

Taille: 42/40/42 (poitrine/taille/hanche), gradation entre deux tailles selon le tutoriel du blog Deer and Doe

 

 

Mélilot 2: ma chemise de thèse

Patron: Mélilot – Deer and Doe

Version A: Manches longues et col arrondi, une poche à gauche, boutonnage visible

Tissu: Viscose écrue – Rascol

Boutons: Boutons en métal émaillé crème – Little Fabrics

Taille: 42/40/42 (poitrine/taille/hanche), gradation entre deux tailles selon le tutoriel du blog Deer and Doe

 

 

Épilogue

Je ne saurai dire si cette chemise a joué un rôle, mais tout s’est déroulé à merveille ce jour-là; et je garde de cette journée un excellent souvenir. Je m’étais aussi bien préparée bien sûr, mais j’aime à penser que ma couturothérapie m’a mise dans de bonnes dispositions. Le temps de la confection de ma chemise Mélilot, mon esprit a pu souffler, s’évader un peu. Les nuits, plus sereines, moins hantées par mes angoisses d’échec, ont donné à mon corps un peu de repos et de répit. Qui pourrait dire alors l’importance qu’a revêtu cet interlude dans ma réussite? Pour moi, il y a, sans aucun doute, pris part.

Aujourd’hui, cette chemise a, pour moi, une signification toute particulière. Même si, pour être honnête, je ne la porte qu’en de rares occasions; lors d’événements qui comptent, mais peu au quotidien. Je trouve que le tissu froisse beaucoup et n’est pas facile à repasser. Mais j’adore cette chemise, qui reste une de mes pièces handmade favorites à ce jour. Je pense que cette chemise est empreinte de quelque chose de particulier, de tout ce que j’ai pu y mettre au moment de la réalisation: mon stress, mes doutes, mes espoirs de réussite aussi, de la confiance… Oui, de la confiance surtout.

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